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Musée de la Résistance : rencontre avec Franck Thième, mouleur-staffeur

Sur le chantier du musée de la Résistance et de la Déportation de l’Aisne, Franck Thième redonne tout leur éclat aux moulures du plafond qui ont été remises au jour. Artisan détenteur d’un savoir-faire de plus en plus rare, le mouleur-staffeur travaille en toute discrétion sur des restaurations de grande valeur patrimoniale et à l’échelle internationale. 

Franck Thieme mouleur staffeur musee resistance deportation

L’échafaudage monte au moins jusqu’à 10 mètres, et on distingue tout en haut, sous un bonnet couvert de plâtre, un visage concentré et deux bras armés qui travaillent fiévreusement sur le centre d’une rosace moulurée au plafond. L’homme perché dans ce nid de pie s’appelle Frank Thième et il travaille sur sa matière de prédilection : le staff. Staff, stuc, carton-pierre et autres variantes utilisées pour créer des moulures décoratives ou du statuaire, c’est la spécialité de « Concret’Art », la société créée à Rozoy-sur-Serre par Franck Thième en 1999. « J’ai travaillé pendant 10 ans comme mouleur statuaire pour le Louvre avant de devenir leur sous-traitant exclusif. J’y ai côtoyé de sacrées pointures mais c’était surtout une autre façon de travailler. Le temps n’avait pas d’importance, on travaillait avec amour et dans les règles de l’art. » 

 

Plafond du musee de la resistance et de la deportation

Franck Thieme mouleur-staffeur sur le chantier de restauration

À Tergnier, le chantier de réhabilitation du musée de la Résistance et de la Déportation a été l’occasion de redécouvrir complètement son architecture intérieure. Au début des années 80, le bâtiment construit au lendemain de la 1ère Guerre mondiale grâce à la fondation Carnegie avait vu sa salle principale coupée en deux par un faux plafond, pour ne pas avoir à chauffer un volume trop important. Le plafond mouluré et tout un étage de balcons avaient de ce fait totalement disparu. Rendu à la lumière, il s’est révélé extrêmement dégradé, tout comme celui du hall d’entrée que Franck a également entièrement rénové. L’an passé, c’est sur l’ancien tribunal de Vervins qu’il avait exercé ses talents en redonnant tout leur éclat aux fleurs d’acanthe en carton-pierre du plafond. C’est pour des travaux de rénovation sur stuc et pierre de ce genre qu’il a aussi été engagé sur des chantiers à New-York, en Suisse ou au Royaume-Uni.

On l’a aussi vu au Japon et en Chine promenant des répliques en résine de pièces légendaires comme La Victoire de Samothrace, on lui doit aussi la réplique de la Vierge à l’enfant qui est exposée sur le parvis de Notre-Dame de Paris. Mais loin de se gargariser de ces succès, Franck reste fidèle à son profil, celui d’un homme de l’ombre qui travaille en toute discrétion. « Avec l’expérience acquise, je peux me prévaloir d’une véritable expertise et je dois avouer qu’aujourd’hui c’est le travail qui vient à moi plutôt que l’inverse. »